Si la vigne est cultivée en majorité comme une monoculture pérenne, elle cohabite de plus en plus souvent avec d’autres espèces. Ainsi, en France, un tiers des parcelles viticoles sont couvertes d’un enherbement permanent, semé ou spontané, sur tout ou partie de leur surface. Cela n’empêche pas que la viticulture reste une filière forte consommatrice d’intrants phytosanitaires. L’IFT[1] moyen s’élève à 13,8 dont plus de 80% de fongicides, avec une forte variabilité des pratiques viticoles (entretien du sol, protection phytosanitaire) entre régions et entre exploitations agricoles au sein d’une même région (données 2006, Mezière et al., 2008).
L’enherbement est une alternative à l’utilisation des herbicides et il offre un certain nombre de services : réduction du ruissellement et de l’érosion (Celette et al., 2008), amélioration de la portance et des propriétés physiques et biologiques des sols, maîtrise du développement végétatif de la vigne et réduction de l’exposition aux maladies cryptogamiques (Valdés et al., 2009). La qualité de ces services est très variable selon les espèces installées et leur mode de conduite (surface couverte, fréquence de tonte, destruction partielle ou totale en cours de saison…).
Le fait que la diffusion de cette technique soit encore minoritaire et très inégale selon les régions témoigne de difficultés persistantes, en particulier en matière de maîtrise des impacts de l’enherbement sur le fonctionnement hydrique et azoté de la vigne (Celette et al., 2009).
Cela justifie un investissement de recherche (1) sur la nature et l’étendue des services offerts par les enherbements, (2) sur les interactions entre la dynamique fonctionnelle des couverts herbacés et le fonctionnement de la vigne (développement végétatif, élaboration du rendement et de la qualité des produits) et (3) sur la manière dont l’enherbement modifie les relations entre la vigne et ses bioagresseurs .
Comment concevoir des systèmes de culture viticoles à bas niveaux d’intrants ? A l’échelle de la parcelle, des modèles représentant les interactions entre pratiques culturales, états du milieu et fonctionnement de la vigne en interaction avec ses bioagresseurs peuvent être mobilisés pour simuler les performances de systèmes de culture candidats (Ripoche et al., 2009). Ces modèles sont élaborés et évalués à partir de données issues de dispositifs expérimentaux lourds gérés par l’UMR System (Domaine du Chapitre, Montpellier SupAgro). La variabilité inter-annuelle du climat et le changement climatique rendent nécessaire l’élaboration de mécanismes d’adaptation des systèmes de culture.
A l’échelle de l’exploitation agricole , les itinéraires techniques doivent être coordonnés et tenir compte des ressources disponibles. La gestion de la transition d’un système de culture existant vers un système de culture à bas niveau d’intrants (relevant par exemple de l’agriculture biologique) est encore peu étudiée, alors qu’elle conditionne le succès de la conversion .
L’évaluation de systèmes de culture existants ou alternatifs repose sur l’analyse multicritère afin d’évaluer leurs performances, sur les plans environnementaux aussi bien qu’économiques et sociaux.
[1] Indice de fréquence de traitements : nombre de traitements phytosanitaires à dose pleine
Christian Gary
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